Appel à la consolidation en France d’une filière industrielle de numérisation et de valorisation des fonds patrimoniaux
Le 8 mars 2010 – Suite aux publications du rapport du sénateur Yann Gaillard sur la politique du livre face au défi du numérique, du livre de Bruno Racine, Google et le Nouveau Monde et de la nouvelle édition de Quand Google défie l’Europe de Jean-Noël Jeanneney, le consortium POLINUM et les sociétés i2S et EXALEAD s’inscrivent en faux quant à l’idée, fataliste, qu’il serait inéluctable de confier massivement à la société Google la tâche de numériser et d’indexer le patrimoine de la BnF et des autres établissements français. Non aux 375 ans de travail !Les chiffres repris pour éliminer d’autres solutions, à savoir qu’il faudrait 375 ans de travail, avec des lots de 40 000 livres par an, pour numériser les quelques quinze millions de documents de la BnF, ne tiennent pas compte des capacités de numérisation actuelles des industriels français d’ores et déjà opérationnels et expérimentés, ni du fait qu’à ce jour la société Google n’a pas encore d’installation en activité sur le territoire. Il faut rappeler à ce titre que l’opération en cours de démarrage à Lyon pour la Bibliothèque municipale est prévue sur dix ans, à un rythme de 45 à 50 000 documents par an. De plus, ces chiffres ne tiennent pas compte des gains en productivité et en qualité qui sont régulièrement implémentés et améliorés par les partenaires et fournisseurs de Gallica, actuels ou à venir, dans des opérations nécessairement de longue haleine. Ils ne tiennent pas compte, non plus, des exigences de qualité et d’adaptation aux nouveaux usages du numérique, tels qu’ils ressortent de l’expérience de Gallica 2, d’Europeana autant que de la déception face aux offres Google Books et Google Scholar, ni de ceux qui s’inscrivent dans le programme R&D de la plateforme POLINUM. Non à la pseudo solution technique et au modèle économique proposés par Google !Nous sommes donc fermement opposés à entériner le principe de la numérisation « de masse », qui aboutit actuellement à une sélection fondée sur les seules capacités de moyens, plus financiers que techniques et le seul modèle de valorisation financière d’un acteur économique qui se rémunère exclusivement par la vente d’espace publicitaire, qui plus est parfois au détriment des ayants droits. Enfin, il paraît opportun d’indiquer que bon nombre d’opérations récentes de numérisation massive telles que celles menées en Europe par les bibliothèques nationales d’Espagne, de Norvège, de Suède, de la bibliothèque du Congrès aux USA, ou encore celle du Japon, sont mises en œuvre dans un esprit d’économie de la connaissance sans aucune intermédiation artificielle. Oui à la consolidation d’une filière industrielle de numérisation et de valorisation des fonds patrimoniaux !L’important chantier de la numérisation pour Gallica est l’occasion de mettre en place cette filière industrielle française et de développer les nouveaux usages du patrimoine numérisé. C’est en ce sens que nous avions appelé à la contribution du Grand Emprunt. Le développement d’une nouvelle filière industrielle est également en phase avec l’ambitieux programme de dynamisation de l’industrie française dévoilé par le Président de la République. Nous avons là une occasion unique, et il serait paradoxal et regrettable que cette grande opération de numérisation, financée par le Grand Emprunt, ne permette pas de tirer parti d’un actif industriel français déjà opérationnel, de le faire croître en une filière structurée et pérenne, qui mette ses capacités d’innovation au service de la société de la connaissance, en Europe comme dans l’ensemble du monde. Le consortium POLINUM appelle à la consolidation en France d’une filière industrielle de numérisation de documents patrimoniaux, publics et privés, économiquement viable. Celle-ci permettrait une pérennité des données multi décennales, constamment innovante tant dans les procédures de numérisation, de référencement et d’indexation que dans les usages des objets numériques produits et leur valorisation.