La guerre (des boutons) est déclarée

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« La guerre est déclarée ». C’est le titre du joli film de Valérie Donzelli, événement de la rentrée cinématographique, plébiscité par la critique et le public depuis sa sortie le 31 août. Rien à voir avec l’autre « événement » -plus surfait- du petit monde du cinéma français, la guéguerre des boutons: deux films vont se succéder en une semaine, à la grande consternation des spectateurs.

Ce mercredi sur un demi-millier d’écrans sort « La guerre des boutons », le film de Yann Samuell, remake du film d’Yves Robert réalisé en 1962, lui-même tiré du livre de Louis Pergaud paru en 1912. Une semaine plus tard, le 21 septembre, un deuxième remake rival, « La NOUVELLE guerre des boutons », réalisé par Christophe Barratier, testera -toujours dans 500 salles environ- l’éventuelle lassitude, ou bienveillance, ou indifférence des amateurs de cinéma. Ceux qui payent leur ticket pour qu’on leur raconte des histoires nouvelles…

Des deux, qui va gagner? Le premier sorti, ou le meilleur? Le premier sorti, ce film de Yann Samuell ce mercredi 14 septembre, a pour lui la fraîcheur et les bons sentiments qu’expriment son réalisateur, dans la vie privée père de cinq enfants, et dans la vie professionnelle réalisateur notamment de « Jeux d’enfants » (en 2003 avec Marion Cotillard et Guillaume Canet) et de « L’âge de raison » (l’an dernier avec Sophie Marceau).

L’histoire est connue: deux bandes de gamins de 7 à 14 ans, dans la France des campagnes, défendent chacun leur village, situés tous les deux sur la route départementale D10: d’un côté Velrans (les méchants), de l’autre Longeverne (les gentils). Un événement crucial dans les combats entre les deux clans sera la décision d’un des chefs de couper les boutons (de culotte, de chemise, de pantalon) de tout adversaire fait prisonnier. D’où le titre.

Mathilde Seigner interprète le rôle de la mère du petit Lebrac, chef de la bande de Longeverne: elle est veuve avec trois enfants, son aîné doit l’aider aux travaux de la ferme, et l’avenir de celui-ci n’est pas tout rose malgré de réelles capacités intellectuelles entr’aperçues à l’école: ce sera apprenti maçon (version pessimiste) ou collège à Montauban (version optimiste).

On est moins convaincu, dans le casting, quand on voit Eric Elmosnino, tout frais César du meilleur acteur pour « Gainsbourg (Vie héroïque) », interpréter l’instituteur de Longeverne. Quand on voit Alain Chabat dans sa blouse grise d’instituteur du village voisin et rival, on n’y croit pas davantage.

Et quand Fred Testot apparaît dans sa soutane de curé du village et arbitre des matches de foot, on se dit que c’est peut-être un gag oublié du « Service après-vente des émissions ». Mais non, Omar n’est pas là, et on est obligé d’y croire. Ou pas.

Bref, malgré les bonnes intentions, on est un peu en retrait. Les dialogues et la manière de jouer des enfants n’arrangent pas les choses: trop écrits, pas assez naturels, et c’est dommage. On voit souvent à l’écran des tirades et des répliques qu’on ne trouve pas logiques dans la bouche de ces petits acteurs, par ailleurs excellents.

Sans doute la faute à la volonté didactique du réalisateur, qui a situé l’action du film dans les années 60. Le frère d’un des enfants du film vient en permission alors qu’il fait la guerre d’Algérie, et le héros de la bande de Longeverne regarde dans le Petit Larousse la définition du mot « indépendance ». C’est donc un peu lourd. « Ailleurs, d’autres gens se battent pour leur indépendance, tandis qu’au village de Longeverne, les enfants mènent une révolution contre les diktats de la famille et de la vie rude à la campagne », explique le réalisateur.

Les moments (réels) d’émotion alternent donc avec les démonstrations (plus superficielles) de belles et grandes idées humanistes qui n’ont pas forcément leur place, ici, dans ce film de divertissement qui vire à la leçon de morale ou d’humanisme, ou de démocratie, ou quoi d’autre?

« Comment les enfants perçoivent-ils la responsabilité, la société et l’égalité? », s’est interrogé le réalisateur. On s’en fiche un peu. Comment le deuxième remake de « La guerre des boutons », la semaine prochaine, pourra être mieux joué et plus rigolo?, se demandera le spectateur.

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