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Avec Robert Ménard, on n’est jamais déçu. Je vous ai déjà parlé de cet olibrius. L’ex-défenseur autoproclamé de la liberté de la presse va publier le 5 mai un petit pamphlet de 20 pages. Il a réussi à faire plus court que Stéphane Hessel. L’opuscule s’intitule : «Vive Le Pen !».

C’est le nouveau filon de l’édition politique : on écrit quelques pages énervées qu’on vend deux francs six sous et on s’assure un triomphe en librairie.

Ce pied-noir vibrionnant, fils d’un imprimeur OAS d’Oran, a mangé à tous les râteliers : tenté par la prêtrise et trotskyste sauce LCR dans sa jeunesse, il est conquis à l’âge adulte par le socialisme à la Mitterrand, puis, 25 ans plus tard, par les idées de Nicolas Sarkozy qui lui accordé la Légion d’Honneur. On pouvait espérer que ce cheval fou arrêterait là sa promenade sur l’échiquier politique. Non, il lui manquait une dernière case à explorer : le Front National.

Dans son brûlot, Ménard prend la défense des électeurs de Marine et Jean-Marie Le Pen. Il estime qu’ils sont injustement méprisés par les médias et les commentateurs. Cet argument n’est pas faux. Si environ 15% des électeurs sont aimantés par le discours droitier ripoliné de Marine Le Pen, il faut les prendre en compte. Ces Français existent et s’expriment. Les idées du Front National sont absurdes et dangereuses, mais elles trouvent un large écho dans un pays déboussolé, abandonné par une classe politique incapable, depuis une trentaine d’années, de relever les défis contemporains : immigration, insécurité, mondialisation. Et surtout : chômage, éducation, reconversion industrielle, recherche, investissement, équilibre budgétaire.

Le Front National prospère parce que la droite post-gaulliste et la gauche des apparatchiks n’ont pas agi quand il en était encore temps.

N’oublions pas non plus que c’est François Mitterrand, arrivant au pouvoir, qui a recomposé de manière machiavélique et à son avantage le paysage politique français par une double manœuvre.

D’abord, l’anéantissement du Parti Communiste pour assurer la suprématie du PS à gauche. Mission désormais accomplie. Et, à droite, diabolisation théâtrale du Front National qui est devenu soudain très attrayant, comme tout ce qui sent le soufre, pour la frange la plus conservatrice de l’électorat. De cette façon l’UNR/UDR/RPR/UMP a été dépecé. Le processus est toujours en cours. L’effondrement spectaculaire du sarkozysme en est l’illustration flagrante.

Robert Ménard est un opportuniste, une girouette qui tourne toujours dans le sens du vent. Le parti qui monte mais que les beaux esprits vomissent, c’est le Front National. Alors, «Vive Le Pen !», s’écrie Robert. Peu importe si le programme du FN est un tissu d’âneries : sortie de l’Euro, fermeture des frontières, préférence nationale et tout le tintouin. Les expériences de gestion municipale par des élus du FN ont été des catastrophes. Robert Ménard n’est pas regardant, c’est un mercenaire : Bob Ménard = Bob Denard. Il transporte ses valises dans le lieu où on le remarquera le plus, jusqu’au Qatar si nécessaire. Ménard fait l’intéressant, lui qui l’est si peu.

Ses valises sont déjà bien lourdes. Il a déjà exprimé publiquement son soutien à la peine de mort et son homophobie, sans oublier son plaidoyer pour Dieudonné. En arrivant avec armes et bagages dans les faubourgs de l’extrême droite, il est déjà largement en phase avec le parfum idéologique («Héritage» de Guerlain) de Marine Le Pen. Le FN a un nouveau compagnon de route, moins bourré que le pro-hitlérien de bistrot John Galliano mais tout aussi vindicatif.

Il n’est pas certain que la frontiste blonde s’en réjouisse très longtemps, tant Ménard est changeant et imprévisible. D’ici à quelques mois, il n’est impossible qu’il aille faire des risettes à Mélenchon. Au point où il en est…

Publié par ANYHOW