Ouvrons enfin un vrai débat politique. Pas un débat obsolète sur l’identité nationale. Pas un débat nuisible sur l’Islam. Ouvrons le débat sur l’énergie. C’est un débat économique, un débat de société fondamental.
Dans quel pays voulons-nous vivre ? Le drame en cours au Japon doit réveiller nos consciences politiques endormies.
Avec leurs gros sabots, les écologistes ont aussitôt brandi leur slogan péremptoire : «sortir du nucléaire». Cette verte certitude mérite d’être analysée.
Comment l’énergie est-elle consommée en France ?
En gros, ce sont les «bâtiments» qui sont les plus gourmands : environ 43% de toutes les énergies. Il s’agit de la consommation des particuliers, des commerces et du secteur tertiaire.
Le reste est réparti entre les transports –automobile, trafic routier et fluvial, trains et transports en commun, avions- (31%) et l’industrie (25%). La consommation du secteur agricole est négligeable.
Quelles sont les sources d’énergie ?
Le pétrole
La France reste dépendante du pétrole importé qui représente environ un tiers de la consommation intérieure de l’ensemble des sources d’énergie. Il est à noter que notre consommation de pétrole a tendance à légèrement diminuer au fil des années. Mais la facture s’alourdit car le pétrole brut coûte de plus en plus cher. Les pays producteurs, sachant que leurs réserves seront épuisées dans quelques dizaines d’années, nous vendent leur produit au prix fort. Le pétrole ne constitue pas une solution d’avenir. C’est une énergie polluante, liée aux aléas de la géopolitique. Si l’on veut sereinement mesurer la dangerosité comparée des sources d’énergie, il faut prendre en compte les milliers de morts des conflits guerriers impliquant des intérêts pétroliers. La situation en Libye en est le dernier exemple en date.
L’électricité
Du côté de l’électricité (45% de la consommation intérieure globale), la France a fait le choix, dès la fin de la seconde guerre mondiale, de miser sur le nucléaire civil. Il s’agissait de prendre le relais du charbon dont les réserves nationales étaient limitées et ont été épuisées dans les années 70. Le pic historique de la production de charbon en France remonte à 1958. Après cette date, le déclin s’est produit. Le charbon, ailleurs dans le monde, n’est pas abandonné. Il reste très fortement exploité aux Etats-Unis (22% de la production électrique) et surtout en Chine qui construit de nombreuses centrales fonctionnant à la houille (70% de l’électricité chinoise vient du charbon extrait dans le pays). La France où le charbon est désormais très minoritaire ne va se mettre à importer du charbon en masse. Ce serait absurde économiquement. Et c’est un combustible très polluant qui n’est pas désirable. Ajoutons que l’exploitation du charbon est une activité dangereuse. Sans remonter à Emile Zola («Germinal»), il suffit de comptabiliser le nombre de mineurs silicosés ou tués chaque année en Amérique Latine ou en Asie.
Dès le début du XXème siècle, la France a largement développé ses capacités hydrauliques en construisant de nombreux barrages. Mais ce type d’installation ne peut être multiplié à l’infini. Les sites exploitables le sont déjà. L’hydroéléctricité représente 14% de l’électricité produite en France. Cela comprend, marginalement, la production de la seule usine marée-motrice (la première au monde) installée dans l’estuaire de la Rance, près de Saint-Malo. L’hydraulique est une énergie renouvelable qui n’est pas neutre sur le plan écologique : impact sur la faune et l’agriculture, déplacements de population. L’hydraulique est un atout indéniable, mais il est soumis aux aléas climatiques comme la sécheresse.
Les énergies renouvelables
Il y a les autres formes d’énergie renouvelable : solaire et éolien. Dans notre pays, ces solutions ont été négligées. L’éolien serait bruyant et inesthétique. C’est ce que pense Valéry Giscard d’Estaing qui s’est exprimé récemment sur ce sujet. L’éolien est rejeté le plus souvent par les habitants des régions où l’on projette de d’installer les grandes hélices. Le solaire fait une timide percée, malgré les fluctuations des aides publiques.
Mais il ne faut pas se leurrer : les panneaux solaires et les éoliennes, même si on les multiplie de manière spectaculaire, ne pourront pas à court terme ou à moyen terme, subvenir aux besoins énergétiques d’un pays développé comme le nôtre.
Le nucléaire
Le maudit nucléaire. Il est évident que les dramatiques événements actuels au Japon lui font une très mauvaise publicité.
Quels sont les avantages du nucléaire ?
Ils sont nombreux, et ses détracteurs refusent obstinément de les prendre en compte.
Le nucléaire civil n’émet pas de CO2.
Le combustible (bien qu’importé) est encore abondant et beaucoup moins cher que le pétrole.
La technologie des centrales est en constante évolution, vers plus d’efficacité et aussi de sécurité. Parler du nucléaire en citant l’exemple de Tchernobyl est absurde. Tous les progrès techniques ont subi des ratés, à plus ou moins grande échelle. Tchernobyl était une vieille centrale, mal conçue, mal entretenue, gérée par un appareil étatique à bout de souffle.
Quels sont les inconvénients du nucléaire ?
Le stockage et le recyclage des déchets : pour l’instant aucune solution sérieuse n’est disponible. C’est le point noir principal.
Les incidents techniques et les risques telluriques ou météorologiques : le paroxysme est atteint en ce moment au Japon. C’est un souci légitime et majeur de préoccupation. Des leçons devront être tirées du drame japonais. L’évolution des techniques s’est toujours nourrie des accidents.
Résumons :
Le pétrole est cher et polluant et il va se raréfier.
Le charbon n’est plus une solution viable pour la France.
Les énergies renouvelables sont balbutiantes et resteront insuffisantes pour nos besoins à court et à moyen terme.
Le nucléaire est «clean» sauf en ce qui concerne les déchets. Il est relativement bon marché : le coût principal, ce sont les infrastructures. Mais le nucléaire civil n’est pas encore technologiquement maîtrisé. C’est une énergie qui, à l’heure actuelle, reste dangereuse.
Les solutions :
Réduire notre dépendance au pétrole, en développant notamment les véhicules électriques (mais pour ce faire, on aura besoin de l’électricité nucléaire, au moins dans l’immédiat)
Développer les énergies renouvelables, sachant qu’elles ne suffiront jamais à elles seules à subvenir à l’ensemble de nos besoins.
Sécuriser sans cesse la filière nucléaire, à la lumière des accidents tragiques comme celui du Japon.
Réduire notre consommation par tous les moyens, dans tous les domaines : chez les particuliers, dans les transports et dans les industries.
Mais un pays moderne ne peut pas retourner au niveau de la consommation énergétique du XIXème siècle. Il faut se déplacer, éclairer les bureaux, faire tourner les usines. Il en va de la vitalité de l’économie et de la création d’emploi. On ne reviendra pas à la culture de la chasse et de la cueillette et à la bougie. Il est possible d’être moins vorace en énergie. Il est impossible de s’en passer.
Ce sont les questions qui doivent d’urgence être mises en débat calmement, sans hystérie. C’est un enjeu fondamental.
Je crains malheureusement qu’une élection présidentielle comme celle qui se profile l’année prochaine ne soit pas propice à une discussion sérieuse et constructive sur un sujet qui réclame de la nuance, des connaissances et un sens aigu de la prospective.
Publié par ANYHOW












Oui il faut rester objectif, mais hélas une fois l’émotion passée, la peur s’éloignera et tout redeviendra comme avant, jusqu’à la prochaine catastrophe, j’espère que ce ne sera pas chez nous et trés loin de préférence !
Alors on attend ou on prend des décisions radicales ?