Racines chrétiennes : croisades, inquisition, massacres

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Puisque le président de la République nous invite à explorer les racines chrétiennes de la France et, plus largement, celles de l’Europe, allons gratter un peu ces racines.

Le chef de l’Etat a visité cette semaine (pour la deuxième fois depuis son élection) la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation du Puy-en-Velay, en Haute-Loire.

C’est un chef d’œuvre de l’art roman, fortement influencé par l’architecture orientale et profondément restauré, pour ne pas dire entièrement reconstruit, par plusieurs architectes dont Eugène Viollet-le-Duc au 19ème siècle.

Dominant le promontoire qui accueille l’édifice, la statue en fonte de Notre-Dame-de-France a été érigée en 1860. Elle est haute de 16 mètres et pèse 110 tonnes. Elle a été réalisée à partir de 213 canons prélevés à la bataille de Sébastopol en Crimée, mis à la disposition des fondeurs par Napoléon III. Le sabre et le goupillon, nous voici au cœur du sujet.

Ce sanctuaire, l’un des plus anciens de la France catholique, est un des quatre points de départ du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Fort bien.

Mais le Puy-en-Velay est aussi un haut lieu de l’histoire des Croisades, une longue série de conflits armés contre le monde musulman.

La première croisade (1096-1099) fut dirigée par Adhémar de Monteil, évêque du Puy, désigné pour cette mission punitive par le pape Urbain II à l’occasion du concile de Clermont (1095).

Le but de cette toute première croisade était d’attaquer les Turcs qui bloquaient l’accès des pèlerins chrétiens à la Terre Sainte. L’évêque Adhémar de Monteil mourut pendant le siège d’Antioche, en Turquie.

On sait que Nicolas Sarkozy a lancé sa propre croisade contre la Turquie qu’il refuse obstinément d’intégrer à l’Union Européenne. L’Histoire, un millénaire plus tard, semble se répéter.

Dans l’inconscient collectif français, le Turc incarne l’ennemi, même chez Molière dans sa comédie «Les fourberies de Scapin». Le Turc, c’est le danger, le visage familier et honni du «Mahométan», comme disait Voltaire.

Depuis la première expédition partie du Puy-en-Velay, les croisades se sont multipliées, suscitées et soutenues par la papauté. On en a compté une dizaine au 12ème et 13ème siècles.

Menées au nom de la foi chrétienne, les croisades étaient des aventures guerrières. L’imagerie populaire les a transformées en aimables promenades à cheval avec costumes chatoyants et armures rutilantes. Les croisades furent en réalité des carnages (dans les deux camps), la première manifestation sanglante des racines chrétiennes de notre si estimable civilisation européenne.

A ce glorieux palmarès militaro-religieux, il faut ajouter les délices de l’Inquisition en Espagne et au Portugal, dès le 15ème siècle. N’oublions pas non plus la sainte Inquisition de la Rome catholique, fondée sous le nom de «Sacrée congrégation de l’inquisition romaine et universelle» par le pape Paul III en 1542. Il a fallu attendre 1908 pour que l’inquisition vaticane change d’appellation en devenant la «congrégation pour la doctrine de la foi».

L’inquisition espagnole ou portugaise pourchassait les hérétiques par l’intimidation, l’humiliation, les arrestations arbitraires, la privation de nourriture et la torture. Encore un aspect sympathique de nos racines chrétiennes, marquées également par les agréables bûchers de France où les sorcières et les mécréants furent carbonisés à foison.

Pour imposer par le glaive et la mitraille le culte du Christ ressuscité, l’Europe croyante a par ailleurs semé la terreur de l’autre côté de l’Atlantique. Les conquistadors espagnols et portugais ont massacré allègrement les populations d’Amérique, éradiquant parfois presque totalement les peuples autochtones, en particulier en Amérique Centrale. Ces militaires sanguinaires étaient accompagnés de prêtres exaltés brandissant Bible et crucifix et bénissant l’hécatombe.

Aujourd’hui, on montre du doigt les prédicateurs intégristes de l’Islam. Inspirateurs des pires exactions, les hommes en soutane qui accompagnaient les expéditions européennes en Amérique n’étaient pas moins haineux. Al Qaida, avec des armes plus modernes, n’a rien inventé dans le domaine du fanatisme.

Je passe trop vite sur les guerres de religion en France, ces interminables tueries opérées à grande échelle par les catholiques contre les protestants. D’autres boucheries mémorables, accomplies au nom de la vérité divine.

Plus près de nous dans le temps, l’Irlande s’est déchirée pendant un siècle pour les mêmes motifs : la haine viscérale entre catholiques et protestants.

Des missionnaires de bonne foi ont aussi apporté leur caution morale aux pires aspects du colonialisme européen, en Afrique et en Asie, de l’Indochine au Congo belge.

 

Pour mémoire, je mentionne trop rapidement le silence assourdissant du Saint-Siège pendant l’Holocauste organisé par l’Allemagne nazie et plus largement l’antisémitisme ancestral de l’Eglise catholique, fort heureusement amendé aujourd’hui.

 

Enfin, depuis une vingtaine d’années, la civilisation chrétienne et plus précisément catholique s’est illustrée par de nombreuses affaires de pédophilie dans l’Eglise.

 

Certes, le christianisme ne se résume pas à ces pages sombres.

 

On trouve dans cette religion des valeurs de charité, de justice et d’amour du prochain. Le christianisme a produit de nombreux personnages exceptionnels qui font honneur à l’humanité toute entière : des grands théologiens, des philosophes humanistes, des hommes et des femmes qui ont fait du bien autour d’eux, souvent dans l’anonymat et le dénuement. Des moines, des bonnes sœurs courageuses, des curés de village.

 

Mais s’il s’agit de glorifier nos racines chrétiennes qui sont historiquement indiscutables, il faut tout prendre en compte : le meilleur qui est un acquis pour notre civilisation et aussi le pire qu’on préfère généralement passer sous silence.

 

Publié par ANYHOW

 

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