Patron d’entreprise dans le plus pur style japonais, le président de Toyota risque d’être confronté à un choc des cultures lorsqu’il se retrouvera sur le gril mercredi lors de son audition devant une commission du Congrès américain.
Formé à une culture d’entreprise privilégiant le consensus aux décisions autoritaires, Akio Toyoda se retrouvera mercredi à Washington sous le feu des questions des membres de la commission de la Chambre des représentants sur la réforme et la supervision du gouvernement (HOGRC).
« Je suis sûr qu’il suit un entraînement accéléré sur la manière de répondre à toutes les questions difficiles », déclare Ryoichi Shinozaki, de la société Kyodo Public Relations à Tokyo. M. Toyoda devra, selon M. Shinozaki, rester maître de ses émotions et ne pas suivre l’exemple de ces patrons japonais en difficulté s’exprimant les yeux embués de larmes pour tenter de gagner la sympathie de l’opinion. Une attitude qui pourrait être contre-productive aux Etats-Unis.
Les grands patrons jouissent d’un grand respect au Japon, même si ce ne sont pas généralement des professionnels de la gestion et qu’ils sont souvent moins bien payés que leurs homologues américains. Leur rôle est de motiver les employés, et c’est la raison pour laquelle M. Toyoda, en tant que petit-fils du fondateur de Toyota, a été choisi.
« Dans une entreprise japonaise, le patron n’est pas celui qui dirige. Il est considéré comme un symbole, un peu comme l’empereur », souligne Toyoaki Nishida, professeur de commerce à l’université Chubu, en référence à la famille impériale japonaise, qui n’a pas de pouvoir politique. « C’est la raison pour laquelle les politiques des entreprises japonaises ne changent pas même quand les présidents changent. »
« Les Américains se demanderont ce qu’il fait s’il aborde (l’audition) comme s’il s’adressait au peuple japonais », averti M. Nishida. « Il ne s’est pas hissé au sommet à la force du poignet. Il a seulement été mis sur un piédestal. Il est devenu président dans la plus malheureuse des situations et au moment le plus malheureux. »
Lors de trois conférences de presse ce mois-ci, M. Toyoda s’est attaché à montrer qu’il était sincère et prêt à corriger les erreurs de son entreprise. Dans une tribune publiée lundi dans l’édition en ligne du « Wall Street Journal », il reconnaît avoir mal géré la crise liée aux défauts affectant des véhicules de la marque, et promet des « changements fondamentaux » dans la manière dont le constructeur japonais gère les problèmes de sécurité.
Les entreprises japonaises privilégient le collectif, souligne Parissa Haghirian, maître de conférence en gestion internationale à l’université Sophia à Tokyo. Leurs présidents sont des chefs d’équipe qui prennent en compte les avis des autres et se soucient de l’opinion de leurs collaborateurs dans le but d’éviter les frictions, explique-t-elle.
M. Toyoda a un profil relativement cosmopolite pour un président japonais, même si comme la plupart des membres des élites nippones il ne parle pas anglais couramment. Lors de son audition mercredi, il devrait s’exprimer par l’intermédiaire d’un interprète.
Diplômé d’études de commerce à l’université Babson dans le Massachusetts (nord-est des Etats-Unis), il n’a aucun problème à lire une déclaration dans la langue de Shakespeare, mais son anglais hésitant en conférence de presse suggère qu’il pourrait avoir du mal à improviser des réponses.
Selon des estimations, les précédents présidents de Toyota gagnaient entre 500.000 et 1 million de dollars (366.000 et 733.000 d’euros). Par comparaison, les revenus du directeur général de Ford, Alan Mullaly, ont été évalués pour 2008 à 17,7 millions de dollars (12,9 millions d’euros), stock options et autres avantages inclus.
Akio Toyoda possède également plus de 4,5 millions d’actions de Toyota, dont il a hérité en grande partie de sa famille, mais cela représente un peu moins de 1% de l’ensemble des actions de son entreprise. Le dividende versé par Toyota l’an dernier était de 100 yens (66 centimes d’euro) par action.




