A la sortie d’une réunion avec le président de la République, les principales organisations syndicales ont affiché mercredi leur division sur le grand emprunt, mais ont insisté d’une seule voix sur « l’absence de dimension » sociale de la mesure telle que préconisée par le rapport Juppé-Rocard. Si la CGT est opposée au principe-même d’un grand emprunt, les autres syndicats, FO et la CFDT en tête, y sont plutôt favorables, mais restent très divisées sur les modalités d’application et les priorités. »J’ai dit qu’il n’était pas normal pour nous qu’il n’y ait pas de dimension sociale. L’emprunt, c’est certes de l’investissement pour l’avenir, cela doit aussi être facteur de cohésion économique et sociale. Or rien sur les questions de dépendance ou de retraite », a regretté le secrétaire général de Force Ouvrière, Jean-Claude Mailly.Pour Bernard Thibault, le patron de la CGT, « il est quand-même assez significatif » qu’il n’y ait pas de « position à caractère social dans ce rapport ». « On parle beaucoup de recherche, mais dans une vision très élitiste de la population susceptible d’être concernée par la mesure », a-t-il estimé. « On peut parler de technologies de demain aussi. Si on ne forme pas aux métiers de demain, si on ne permet pas à la masse des salariés d’acquérir les savoirs d’aujourd’hui, il y a peu de chances que notre économie soit compétitive dans les technologies de demain », a-t-il ajouté.Se voulant rassurant, Nicolas Sarkozy leur « a rappelé que l’effort de modernisation et de préparation de l’avenir engagé grâce au grand emprunt ne se ferait pas au détriment des politiques sociales et des investissements déjà décidés dans les infrastructures », a souligné l’Elysée dans un communiqué.Pour Bernard Thibault, le grand emprunt « se fait en substitution à l’insuffisance des investissements de la part des entreprises privées » et sur le dos du contribuable. « On parle d’emprunt pour des investissements publics, mais parallèlement à des économies sur les budgets publics existants », a encore dénoncé le leader de la CGT.M. Mailly et François Chérèque de la CFDT sont cependant favorables à l’idée d’un emprunt qui se ferait exclusivement auprès des marchés. « Nous ne sommes pas favorables à un emprunt grand public parce que ça permettrait à certains de s’enrichir, en particulier ceux qui ont pu économiser pendant la crise, mais un emprunt obligatoire pour ceux qui paient les tranches d’imposition les plus élevées qui bénéficient en particulier du bouclier fiscal », a suggéré le patron de la CFDT.La patronne des patrons, Laurence Parisot, n’a pas souhaité s’exprimer à l’issue de la réunion.Dans son rapport remis le 19 novembre à Nicolas Sarkozy, la commission présidée par Michel Rocard et Alain Juppé propose que les 35 milliards d’euros du grand emprunt soient utilisés pour favoriser l’innovation -l’enseignement supérieur et la recherche bénéficiant à eux seuls de 16 milliards d’euros. Les arbitrages définitifs seront rendus publics début décembre par Nicolas Sarkozy.




